DDLA#1 : Souvenir d’un jour de pluie

DDLA#1 Ce texte a été écrit dans le cadre du « Défi de l’automne » que j’ai lancé pour éviter la sinistrose ambiante. Celui-ci est le premier, il y a un texte à écrire toutes les deux semaines, six en tout. Les prochains thèmes sont expliqués ici. Merci à tous ceux qui y participeront (et à ceux qui nous liront!).

Je ne suis pas ce qu’on appelle un « animal social ». Quand on m’invite à un anniversaire, je peste, je vais devoir être en représensation, l’angoisse monte, je veux être jolie, savoir quoi dire aux autres convives, ne pas me foirer en achetant un cadeau pourri ; Souvent, je finis par annuler et garder le cadeau pour moi, c’est trop compliqué. Et puis, merde, depuis quand on fête son anniversaire au-delà des dix-huit ans ? (allez, vingt-et-un, au pire) Je ne comprends pas, c’est quoi qu’on fête exactement ? Notre avancée inéluctable vers la mort ? Je devrais dépenser de la tune pour fêter ta mort prochaine, seriously ? Je ne dois pas être assez egocentrique pour comprendre, pardonnez-moi de ne pas avoir l’idée saugrenue de demander à mes amis de dépenser de la tune pour moi le jour où le vagin de ma mère s’est déchiré, pardon, pardon. À l’extrême rigueur, si vous vouliez m’offrir quelque chose, je vous donne l’adresse de ma mère, elle adore les bouquets champêtre, et ça, vraiment, ça me ferait plaisir.

Je déteste encore plus le jour de l’An. Cette espèce d’obligation de fêter la fin de l’année tous ensemble, vulgaire prétexte pour être ivre mort à 22h et se retrouver soit à flirter avec un mec random qu’on regrettera encore ivre (c’est dire) ou vomir dans la cuvette des toilettes, une amie qui vous retient les cheveux. Est-ce-qu’il y a vraiment des personnes sur cette Terre qui s’amusent ce jour-là ? N’est-ce-pas plutôt le rendez-vous de tous ceux qui souhaitent oublier leur existence pitoyable à travers une fête qui l’est tout autant mais au moins on peut faire semblant qu’on est heureux et que tout va bien ? Posez-vous les bonnes questions, je vous en conjure. Cette année-là, pour éviter d’être invitée je ne sais où, j’ai pris une décision radicale. J’ai décidé de passer la Saint-Sylvestre dans l’avion. J’arriverais le premier jour de l’année à CDG, soulagée d’avoir échappé à ce type qui cherche tes lèvres dès que tu te retrouves sous ce foutu gui, il y en a toujours un qui rôde… (qui sont ces gens qui achètent du gui ? Sans doute ceux qui adorent Love actually…).

Mon plan était simple. J’avais un premier avion qui faisait Katmandou-Bangkok qui arrivait le 31 vers 18h et un deuxième avion qui partait de Bangkok vers 22h et arrivait à Paris le lendemain matin tôt. J’étais plutôt fière de moi, d’autant que je devais être la seule à vouloir passer le jour de l’An dans un avion, je m’imaginais déjà au fond de l’appareil allongée sur les quatre sièges du milieu, en train de ronfler : mon idée d’un jour de l’An réussi. C’était la première fois que je mettais un pied en Thaïlande, je regrettais de ne pas avoir le temps de découvrir un peu Bangkok mais je fais partie de ces gens qui adorent les aéroports, je peux passer des heures assise à regarder ces petites fourmis s’affairer devant moi, je ne m’en lasse pas, j’imagine leur vie, je me fais des films incroyables dans la tête, je ris toute seule, il n’y a pas plus divertissant qu’un aéroport. Au moment où je me suis dirigée vers le comptoir Air France pour prendre mon deuxième avion, j’ai été étonnée : il n’y avait personne. Certes, j’étais un peu en avance mais tout de même… Je tends mon passeport à l’hôtesse au sol qui m’annonce, implacable « Vous êtes en retard, l’avion est sur le point de partir ». Au début, je ne comprends pas puis tout s’éclaire : je n’ai pas changé l’heure sur ma montre, je suis restée à l’heure népalaise… Je supplie l’hôtesse d’appeler le commandant de bord pour faire une exception, je suis seule, je ne veux pas passer le jour de l’An dans un pays que je ne connais pas. Elle l’appelle, ils viennent de fermer les portes. On ne rouvre jamais les portes. Même si ma mère est « de la maison ».

Quand je suis sortie de l’aéroport pour me diriger vers le bus qui allait dans le centre ville, il s’est mis à pleuvoir. Une grosse pluie dégueulasse qui te fait fermer les yeux mais quand tu les rouvres c’est pire encore, la pluie te colle à la peau, elles s’infiltre sous tes vêtements légers, tu te sens poisseuse comme jamais et la seule chose dont tu rêves c’est une douche. J’avais deux énormes valises plus lourdes que moi puisque je me trimballais les cadeaux de Noël pour toute ma famille. Je faisais peine à voir. Quand je suis arrivée dans le quartier de Sukhumvit qui était le premier arrêt, j’ai choisi l’hôtel le plus proche pour éviter d’être encore plus mouillée. On aurait dit une comédie romantique bas-de-gamme, la fille qui rate son avion et se retrouve perdue sous la pluie, elle se dirige vers le premier hôtel et là un homme la remarque dans le lobby et ils tombent amoureux, love at first sight. Sauf que pas du tout. Dans le lobby, il y avait un gros mec du Moyen-Orient avec une toute jeune Thaïlandaise sans doute à peine majeure. J’ai vite compris que je m’étais arrêtée dans LE quartier des putes.

J’ai passé le jour de l’An au Rajah hôtel, je me souviendrais de ce nom jusqu’à ma mort, tellement improbable. À l’époque, il n’avait rien de luxueux, c’était un hôtel de passe, ni plus ni moins. Les employés m’avaient même suggéré d’aller ailleurs mais il faut croire que la pluie m’avait tellement giflée les oreilles que j’étais devenue sourde, je m’étais entêtée, je voulais une chambre, merci. La vue du 15ème étage était spectaculaire, j’étais finalement ravie de ce changement de programme. J’ai pris un bain, c’était encore mieux qu’une douche. J’ai passé la nuit à regarder MTV en dansant toute seule sur je ne sais quelle chanson de Shakira, le room service m’a apporté je ne sais quel truc à manger, c’était moyen mais j’avais réussi ma mission : j’étais seule et personne ne viendrait me faire chier à part peut-être les faux râles de la pute dans la chambre d’à côté mais pour ça, j’avais une télécommande, il suffisait de faire gueuler Shakira plus fort.

Participants :

La grande brune : https://lagrandebrune.com/2020/10/04/souvenir-dun-jour-de-pluie/

Trois pas en avant (trois pas en arrière) : https://troispasenavant.wordpress.com/2020/10/04/souvenir-dun-jour-de-pluie/

Fin(e) : https://fine4.home.blog/2020/10/04/ddla-1-souvenir-dun-jour-de-pluie/

Un commentaire

  1. Bien les employés de cet hôtel de passe de t’avoir avertie… Moi je te comprends je suis pas un animal social… Plutôt un animal sauvage, dans les fêtes soirées anniversaires ou autres célébrations j’ai envie d’envoyer au diable la plupart des gens, je préfère être seul ou avec ceux que j’aime vraiment.

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