Mon vieux pote Bouddha

Je ne supporte plus qu’on me demande comment je vais. Il n’y a pas plus faux-cul que cette question puisque la seule réponse possible est « ça va ! », c’est une injonction, il faut aller bien, être positif, ou du moins faire semblant de l’être même si à l’intérieur ton cœur est mort (c’est présentement mon cas). Je vais mal, merci. Je sais, je sais, avant, je mentais. Je disais « ça va et toi ? », comme tout le monde, c’est ce qu’on nous apprend, il faut mentir, c’est ça, « vivre en société », c’est faire semblant, donner le change. Sauf que j’ai évolué depuis trois ans, j’ai pris pas mal de décisions radicales dont celle-ci : je ne mens plus, je dis ce que je ressens, peu importe comment c’est réceptionné, limite, ça ne me regarde pas en fait, je ne vais pas taire mes émotions pour faire plaisir à qui que ce soit. Si tu refuses ma réponse, ne me demande pas comment je vais, c’est simple. « Le don de vérité est un don qui surpasse tous les autres » (Bouddha, un pote).

Je vais mal, donc. Non, je ne suis pas dépressive. Tout de suite les grands mots. Je n’ai pas prévu de me foutre en l’air non plus. Ce serait tellement plus simple si j’allais mal au point d’en finir avec cette farce ! Je n’ai pas ce courage. Je sais qu’il y a des enfants qui meurent de faim au moment où j’écris ces lignes et d’autres qui se retrouvent orphelins à cause d’une énième bombe, et d’autres horreurs encore. La liste des horreurs de ce monde est sans fin, mais il y a aussi tant de miracles, c’est l’équilibre de cette existence à la con, je dois bien le reconnaître, tout n’est pas noir, il y a plein de rose aussi, comme je l’écris souvent sur ce blog, tout est question de perspective. Mais vous savez quoi ? Je vais quand même mal, ça ne change rien. La famine dans le monde ne m’empêchera pas d’avoir envie d’un pain au chocolat en passant devant une boulangerie. J’ai le droit d’aller mal, tout comme vous avez le droit d’aller bien (ou mal, parce que c’est 2020, qui va bien ? Personne). La prochaine fois qu’un proche vous demande comment vous allez, osez lui répondre « Je vais mal » et voyez ce qui se passe. En général, la personne fuit devant tant d’honnêteté ou se met à vous donner des conseils dont vous ne voulez surtout pas, c’est systématique.

Je ne supporte pas non plus qu’on me dise « Tu verras, ça ira mieux ». Il y a aussi « Je suis sûre que tu vas rencontrer quelqu’un ». Petit rappel : on n’en veut pas de vos conseils à la con. Les avis non sollicités c’est niet. Arrêtez de donner votre avis, par pitié. Moi-même je travaille à fermer ma gueule. C’est difficile parce qu’on a toujours un avis sur tout. Mais c’est urgent d’apprendre à la fermer, je veux dire, surtout cette année où c’est le festival, tout le monde se croit expert en COVID-19, en féminisme, en transidentité, en à peu près tout. Donc non demain ça n’ira pas mieux parce que je sais que demain à vrai dire ça risque d’être pire, mon cœur presque mort va saigner sa race, mega hémorragie en vue, comme dirait Franky « That’s life ». Saviez-vous qu’on peut pleurer trois jours de suite sans s’arrêter ? Je sais, et je dois dire que ça m’emmerde de l’admettre, que « tout bonheur en ce monde vient de l’ouverture aux autres ; toute souffrance vient de l’enfermement en soi-même » (Toujours Bouddha). Pour le moment j’ai besoin de m’enfermer encore un peu (beaucoup). Je suis responsable à 100% d’aller mal, je l’avoue sans aucune honte (sans fierté non plus). Alors non je ne vais pas rencontrer quelqu’un, j’en ai rien à foutre de rencontrer quelqu’un, si je le voulais je serais en ce moment même avec quelqu’un qui par ailleurs est intelligent, qui a un super taf et qui est beau garçon avec de sublimes abdos mais je ne suis pas intéressée, il s’appelle Colin, je mérite mieux qu’un Colin, je veux dire, je suis vegan quand même (je vais mal, j’ai le droit de faire des blagues de papa ^^). Laissez-moi aller mal et attendre 2021. Oui je sais c’est naïf de croire que le 1er janvier 2021 je vais aller bien mais laissez-moi aussi dans mes illusions. C’est important. Je vous laisse bien croire à la monogamie et à la fidélité…

P.S : J’ai lancé un challenge d’écriture pour nous accompagner pendant cet automne mais je vais vous faire une confession : je suis incapable de m’y tenir parce que rien ne me motive. J’ai écrit un texte « Souvenir d’un jour de pluie », je n’écrirai pas les autres. Le défi reste ouvert à toutes et à tous mais de mon côté, le blog et moi-même prenons une longue pause. Je savais que 2020 s’annonçait mal dès janvier, avant même le confinement et notre grand ami le COVID (j’ai décidé de dire LE Covid parce que c’est un virus, c’est plus logique que LA, et puis comme par hasard un virus mortel est féminin ? Bitch, please). C’était pire que ce que j’avais imaginé et nous ne sommes qu’en octobre, il reste deux mois et demi et honnêtement je ne sais pas comment je vais me sortir de cette année. J’espère que vous allez mieux que moi, on se retrouve je ne sais pas quand, quand il m’arrivera des trucs heureux dans la vie (peut-être : jamais, donc). J’ai le droit d’aller mal ET d’être pessimiste. Je vous embrasse quand même. Surtout toi au fond.

6 commentaires

  1. Alors mon conseil c’est…
    Non c’est une boutade de merde. 🙂

    Perso, ça fait quelques temps que je dis vraiment quand je vais mal etc. Je dis aussi quand je suis fatiguée . Et après je laisse la personne en face me répondre ou non.

    Je commence a être entourée de gens qui écoutent (je crois). Aussi quand je suis en face d’une personne qui va mal, je vais systématiquement demander si je peux aider et comment aider.. j’essaye aussi de fonner des conseils (malheur à toi) en précisant que si je fais chier avec mes conseils, que cette personne peut me dire d’ aller me faire foutre, que je le comprendrais.

    Bref. Courage à toi. Je te souhaite d’aller mieux, avec ton copain Bouddha.

    PS : j’ai ri avec ta vanne, Colin.

    PS 1: Pour répondre à ta question, en soit je ne vais pas trop mal. Mais au fond, je suis triste.

    La bise

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  2. Je n’ai pas de conseil, con ou pas. Je vais mal aussi et j’aimerais hiberner jusqu’en 2021.
    Bon pas janvier, non, jusqu’au printemps, carrément.
    Bon, ben tant pis pour Colin.
    La bise.

    Aimé par 1 personne

  3. Ce qui me rend dingue, moi, ce n’est pas que nous ayons tous un avis sur à peu près tout, ce sont ces gens qui imposent le leur, le hurle, l’assène. J’ai l’impression de croiser de plus en plus de gens trop sûrs d’eux et imbus d’eux-mêmes !

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