Zombie

2020 ne semble jamais vouloir finir. Chaque jour me semble si long, chaque semaine une épreuve, chaque mois se termine avec un soulagement. C’est le dernier, je devrais me réjouir mais je ne me réjouis de rien. J’ai le sentiment que je suis devenue un clone et que ce clone vit ma vie, moi je suis quelque part, ailleurs, forcée d’observer ma lente et longue chute sauf que… je n’atteins jamais aucun sol, la chute est sans fin, l’atterrissage impossible. Je me sens comme un personne vivante mais morte. Un zombie, voilà. En 2020, je suis un putain de zombie qui attend qu’on l’achève d’un bon coup de hache sur le haut du crâne. Mais où est Daryl Dixon ?

Plus que jamais cette année, je me sens incomprise. L’autre jour, j’ose dire à quelqu’un que je vais mal parce que je ne mens plus, je pourrais dire « ça va » mais c’est faux alors je dis la vérité. Peut-être par provocation aussi, il est vrai. Mais c’est tout ce qu’il me reste, pourquoi devrais-je m’en priver ? Et cette personne me répond « Comme tout le monde ». Non, pas « comme tout le monde ». Toutes les peines ne se ressemblent pas, ce qui les réunit c’est justement leur légitimité. Le manque d’empathie est effrayant, comment font ces gens qui ne se mettent jamais à la place des autres ?

« Dans mon travail avec les accusés, je recherchais la nature du mal et je pense maintenant que je l’ai presque défini. Un manque d’empathie. C’est la seule caractéristique qui relie tous les accusés, une réelle incapacité à ressentir ce que ressentent leurs semblables. Le mal, à mon avis, c’est l’absence d’empathie » Captain G.M Gilbert, US Army, psychologue au procès de Nuremberg

Il y a quelques années, un soir de Noël, j’avais croisé un SDF qui m’avait parlé de son fils, de ses douleurs aux dents, de sa vie qu’il n’avait pas réussi à réussir, il avait pleuré, moi aussi. J’étais allée lui chercher tous les médicaments que j’avais dans ma pharmacie, pour ses dents. Et je l’avais pris dans mes bras après lui avoir donné un billet. Quand j’avais raconté cette improbable rencontre, on m’avait dit « Tu as du cœur, toi ». Comme si je n’étais pas normale, alors que le problème ce n’est pas moi, c’est tous ceux qui n’ont pas de cœur. Une amie m’avait dit « Tu n’as pas eu peur d’avoir une infection ou quoi quand il t’a pris dans ses bras ? ». C’est moi qui lui ai ouvert mes bras, et la seule peur que j’ai, c’est de continuer à côtoyer des personnes qui font ce genre de réflexion débile. Cette année, j’ai décidé de ne plus jamais revoir cette amie, sans doute la seule chose positive de 2020.

Je ne sais pas où va l’humanité, probablement nulle part. Tous confinés, à la merci d’un gouvernement qui ne sait pas non plus où il va, nous sommes tout juste autorisés à crever en silence et encore, pas dans des hôpitaux parce qu’il n’y a pas assez de lits, bientôt on nous promettra une prime pour nous jeter de la falaise d’Etretat, pratique, pas de corps, pas d’enterrement, opération hautement économique. Et tous ces gens qui clôturent une conversation par « courage » ou « prends soin de toi » alors que ce sont eux qui ont besoin de courage et de prendre soin d’eux, merci bien, de quoi je me mêle ? Etre vivant ça relève déjà du courage, soyons clairs. Je suis courageuse, je ne t’ai pas attendu. Pays à la dérive, citoyens serviles, libertés bafouées, quand j’étais ado je regardais Brazil de Terry Gilliam avec fascination, aujourd’hui je ris jaune. Quand je sors sans masque dans la rue on me regarde comme si j’étais l’Antéchrist, pourtant c’est en plein air et il n’y a personne sur mon trottoir mais je vois les regards de désapprobation. Je leur souris. Avant, je trouvais que les gens étaient moches, maintenant, voir leur bouche me manque. Tous masqués, terrifiés, l’œil torve. Ce n’est peut-être pas moi le clone, ce sont eux.

13 commentaires

  1. « Je ne sais pas où va l’humanité, probablement nulle part. » C’est le bon endroit je crois. Un entre-deux puisqu’elle n’a pas réussi à s’entendre pour se sauver, ni pour se supprimer. Pas de décision, de volonté. L’entre-deux c’est sans doute le terrain de jeu des zombies.
    Belle journée,
    Régis

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  2. Je suis aussi de celle qui donne, quand je peux. Dans ma ville les SDF ne se font pas voir..
    Par contre dans la grande ville, ils sont à tous les 4 coins de rue.
    Quand j’y vais, je donne a chaque fois. Et si j’ai le temps, je parle. Mais c’est plus rare.

    Bref, tout comme toi, les gens trouvent ça généreux. Ça devrait être juste normal.
    Et je sais, que je pourrais faire pluss. Mais pluss, c’est donner de mon énergie qui n’est pas « énorme » . Donc…

    Par contre, je suis du genre a dire  » courage, et prends soin de toi »
    Parce que je le pense sincèrement.
    Courage (en mode baisse pas les bras, je sais que c’est rude là) et prends soin de toi (autant que tu le peux).
    Évidemment que j’ai tout autant besoin de prendre soin de moi 🙂 mais mes paroles ont du sens et ne sont pas dites dans le vent ^^.

    C’est pratiquement sûr, que je te l’ai déjà dit XD. Bref

    Point positif d’être un zombie, tu peux être dégueulasse que TLM s’en balek et tu peux gniaker des culs.

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  3. Je trouve que “courage” c’est extrêmement négatif. Ça sous entend « t’es dans la merde et je n’y peux rien donc je t’encourage vite fait avec un mot à la con, je ne me mouille pas». En tout cas c’est comme ça que je l’interprète. Jamais je ne dis « bon courage » à la caissière quand je fais mes courses, je trouve que c’est un manque de respect mais j’en ai déjà parlé sur le blog. On devrait juste dire « merci et bonne journée à vous », le courage n’a rien à faire là-dedans. Quant à « prends soin de toi », ça sonne comme un injonction, je sais que ça part d’une bonne intention mais il me semble que si on tient à quelqu’un c’est quand même plus habile de dire « je suis là si tu as besoin de moi « . Je crois qu’il est grand temps de réfléchir à ce qu’on dit aux autres machinalement, pour certains les mots sont violents. Quand le président de la république dit « prenez soin de vous » à la fin de chaque allocution, ce n’est pas anodin…

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  4. Ça dépend des gens, et du sens qu’on leur donne ^^.
    On me l’a dit, pleiiin de fois. Je l’ai pas mal pris. J’sais que c’est de la bienveillance. Que ça soit lorsque j’étais vendeuse / employée de rayon ou après le Bataclan.

    Et a ceux dont j’ai pu dire ce genre de mots que ça soit  » courage ou prends soin de toi’, savent pour la plupart que je suis à l’écoute.

    Sur les blogs, je ne vais pas forcément dire  » je suis là si tu as besoin » parce que je pense que la personne a déjà des personnes autour avec qui dialoguer. Et même si je le dis, j’ai tjs eu lettre morte 🙂

    Et aux personnes que je côtoie, elles savent que je suis là pour elles. Je leur rabâche assez. (j’écris même des courriers en le disant ). Donc je reviens à dire en plus du reste, mon  » prends soin de toi autant que tu le peux, parce que c’est pas tjs évident.  »

    Je conçois que ça te plaît pas, que tu les trouves violents. Mais nous avons pas tous les mêmes significations des mots :/ et pour ma part, c’est dit avec toute ma bienveillance 🙂

    Je l’écoute pas. Donc je n’ai jamais pu entendre le dire.

    Pour en finir, j’espère que tu n’as pas mal pris mon intervention. C’est juste ma vision de ces mots et je comprends totalement que ça puisse t’être violent.

    Alors je ne vais pas te dire ces mots, mais tu as besoin de discuter, te changer les idées, je suis là pour toi 🙂

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  5. J’écris sur ce blog pour donner ma vision de mon monde, c’est tout à fait normal que je ne fasse pas l’unanimité et ce n’est d’ailleurs pas du tout le but. Le but c’est de m’exprimer, c’est très égoïste finalement. Je sais que je ne suis pas la seule à me sentir agressée par un « prends soin de toi » ou pire un « courage », j’écris aussi au nom de tous ceux qui ne disent jamais que ça les heurte pour ne pas froisser quiconque. Quand j’écris je n’attends pas qu’on me remonte le moral, ce n’est pas du tout le but, c’est juste de m’exprimer. J’ai juste besoin d’être en 2021 mais merci pour la proposition 🙂

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  6. Heureusement que tu puisses t’exprimer sur ton propre blog.

    Non mais tu as bien raison ! Je vais être plus vigilante à ce genre de phrases.

    Après le  » courage » sans phrase autour, en mode  » j’ai rien à dire mais un pouce bleu, ça passerait pas, là, donc courage », je l’aurais aussi mauvaise.

    Je pense que ça dépend vraiment de pleins de facteurs.
    Bref !

    C’est noté en tout cas !
    Bonne soirée !

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  7. Je ne saurais dire… Je crois que je ressens un peu les mêmes choses. Il paraît que je cogite trop. Que je devrais juste « prendre du recul » et « arrêter de me prendre la tête ». Et ça me fatigue. En vrai, je ne comprends pas pourquoi les autres ne se posent pas autant de questions que moi. Allons bon, j’écris des romans que personne ne lit en me disant que je ne suis qu’un cri étouffé parmi tant d’autres dans cette pénible année. Vivement la prochaine. Définitivement.

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  8. Hello,

    Je reviens vers toi, en espérant pas trop saouler !
    En fait, ça m’a fait beaucoup réfléchir tes textes et la signification de tes mots qui peuvent être mal compris/pris.

    J’ai relu certaines archives de mon propre blog
    Je me rends compte que j’ai aussi des mots que je ne supporte pas ou plus ou peu.
    Du genre  » tu es forte »,  » tu es courageuse « . Je ne le suis pas. Je survis. Donc même si c’est bien attentionné, qu’est ce que ça fait chier…

    Donc merci pour ta patience pour m’avoir expliquer ce que tu en penses.
    et je vais utiliser les mots avec attention ^^

    Bonne journée

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  9. On ne connaît pas ce que traversent les gens à qui on s’adresse, et rester neutre est compliqué, surtout en ce moment où on tente de se rassurer en rassurant les autres. Les mots peuvent faire tant de dégâts. Je comprends que tu détestes « tu es courageuse », ça arrange les gens de le croire, comme ça ils n’ont pas à s’occuper de toi, pratique ! Eh oui tu survis et tu fais ce que tu peux et c’est déjà bien. Et tu t’exprimes, c’est encore mieux. Parfois j’ai envi de désactiver les commentaires puis un commentaire comme le tien me fait changer d’avis.

    Merci à toi 😌

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  10. Clairement .. les mots peuvent être très durs..

    Oui c’est exactement ce que je disais dans mon article… Ça les rassure, mais le problème reste toujours présent. Sauf que vu qu’on est « forte » bah ça va aller hein…

    M’enfin j’ai un peu plus de recul mais je sais que je suis quand même plus sensible à certains mots.

    Je suis touchée de lire ça. Merci !

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