En thérapie

J’ai passé ces deux derniers jours « En thérapie » grâce à Arte. Devant mon ordi du matin au soir, sans presque aucun égard pour les chats, j’ai englouti des tablettes de chocolat, des taralli aux graines de fenouil (mon dieu que j’aime ça), des spaghetti et des tas de trucs à m’en faire péter l’estomac et j’ai bu tisane sur tisane pour faire passer tout ça. J’ai été captivée par Mélanie Thierry qui joue Ariane et qui m’a fait penser à moi quand elle dit «Je veux plus utiliser le sexe pour éviter les sentiments, j’ai envie d’une relation adulte », je me suis demandée si j’étais le genre qui pouvait faire un méchant transfert sur mon psy et je me suis souvenue que ce n’était pas possible parce que je ne suis pas attirée par les hommes de plus de vingt-huit ans et demi (en vrai c’est plus trente-trois).

Reda Kateb m’a fait pleurer, je savais déjà que c’était un bon acteur mais dans ce rôle de Adel il m’a bouleversée, peut-être parce qu’il m’a fait penser à quelqu’un que j’ai connu… Il y a le contexte de la série, l’après 13 novembre 2015. C’est assez fou de penser que c’était il y a cinq ans. C’était à la fois il y a une éternité et hier. La série m’a replongée dans cette soirée du 13 où j’ai enchaîné le whisky pour faire passer mon angoisse, ce qui est assez ironique c’est que je dormais quand les tirs ont commencé. Alors que certains perdaient la vie à quelques mètres de chez moi, je dormais (comme le psy dans la série). J’avais passé une journée atroce au travail où un collègue me faisait des avances de plus en plus lourdes, j’avais peur qu’il me viole au bureau en toute impunité alors je grossissais à vue d’œil pour être moins désirable (j’ai compris ça après chez le psy, justement). Ce soir-là j’étais rentrée vers 19h et j’avais dormi jusqu’au moment où mon téléphone a sonné et m’a réveillée, c’était mon cousin en panique qui me demandait « Putain dis-moi que t’es pas au Bataclan ». Je n’avais aucune raison d’être au Bataclan, pourtant j’écoutais les Eagles of death metal mais j’ai la chance d’être agoraphobe, je ne peux aller au concert que si je sais que je suis assise (en gros je ne vais qu’au Trianon).

Le 15 novembre, j’ai pris l’avion pour New York, comme à mon habitude au lieu de faire preuve de courage, j’ai fui. J’ai laissé mon mec se démerder à Paris avec sa propre peur, son ami A. et sa compagne étaient au Bataclan, il avait passé la soirée puis la nuit à lui envoyer des SMS, il me disait «Il ne peut pas mourir » en pleurant. Je pensais « Tout le monde peut mourir », cynique, mais je ne disais rien, je ne voulais pas qu’ils meurent non plus parce que je les aimais beaucoup. Ils étaient si amoureux, ils étaient obligés de s’en sortir, j’avais pensé ça alors que c’est complètement con. Ils ont survécu, on les a revus après, ils sont invincibles depuis, je trouve ça fou qu’un couple puisse survivre à ça, à l’odeur du sang, aux cadavres enjambés, au bruit des balles, aux cris dans une langue qu’on ne comprend pas, à la terreur. L’amour peut triompher, semble t-il. Ce qui les a sauvés ? Ils étaient près du bar pour commander des bières quand les terroristes sont entrés, boire de l’alcool peut sauver des vies, ce n’est certes pas une opinion populaire, et pourtant… Aujourd’hui je n’ai plus peur des terroristes, j’ai même oublié qu’ils existent, pourtant ils sont bien là, à fomenter un coup foireux, une prochaine attaque parisienne comme le répète Adel. Aujourd’hui j’ai peur des policiers qui exigent que je mette bien mon masque sur mon nez, il y a cinq ans je n’aurais jamais pensé qu’on vivrait dans une société liberticide non pas à cause du terrorisme mais à cause d’un gouvernement qui ne sait pas gérer une crise sanitaire. Comment pouvais-je le deviner ? Que je ne pourrais plus prendre l’avion, me promener le nez au vent, que j’aurais la moitié du visage couvert dans un pays qui fustige les femmes voilées, quelle ironie.

Le psy de la série, l’acteur Frédéric Pierrot, est formidable. Rien que pour lui, il faut regarder cette série. Il est aussi atteint que ses patients par les attaques, forcément. Enchaîner la série sur deux jours n’était peut-être pas une bonne idée, surtout en ce moment où je me sens déjà vulnérable. J’ai passé la journée à pleurer, seule dans la rue, devant mon ordi, au téléphone avec mon ex. Je suis sur le point de rentrer à Paris et je n’ai plus envie de fuir. Je vais régler tout ce que je dois régler avec maturité, comme une personne adulte. C’est ce que j’ai dit à mon ex « Je crois que je suis en train de devenir adulte », à mon plus grand étonnement il a dit « Je crois aussi ».

Pour ceux que ça intéressent : En thérapie, sur Arte, il y a 35 épisodes 🙂

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