Libres, ensemble

auteur inconnu

Je sais que la saint Valentin approche et que certain(es) vivent mal cette période qui leur rappelle cruellement qu’ils n’ont pas d’amoureux, pas de vie sexuelle, pas d’enfants, qu’ils n’auront pas de rose rouge à offrir ou recevoir et pas de cadeaux non plus. Pour ceux-là, je voudrais dire : vous avez la liberté. Vivre seul(e) est à bien des égards une bénédiction, il faut avoir vécu en couple pour savoir à quel point dormir seul(e) en travers du lit peut provoquer des petits gémissements de satisfaction. Pour ma part, je sais que plus jamais je ne vivrais avec un homme parce que je suis très peu à l’aise avec l’idée de tout partager, que ce soient les repas ou les odeurs corporelles. Je comprends pourquoi les couples qui veulent fonder une famille vivent ensemble mais ceux qui n’en veulent pas, je me demande pourquoi ils s’imposent ça. Je sais : pour faire des économies. Je suis de nature dépensière, pour moi ça ne change rien. Je préfère payer mon loyer seule même s’il me coûte un bras. Ne pas dépendre d’un homme devrait être enseigné à l’école, être indépendante c’est sans doute l’une des clefs pour réussir sa vie de femme, mais je m’égare sans doute, me direz-vous.

J’aime vivre seule parce que je peux être moi-même, je ne subis pas le regard d’un homme, je ne suis pas obligée d’être « parfaite » du matin au soir : je porte un pyjama élimé que je refuse de jeter parce que je suis bien dedans, je me gratte le cul sans vergogne et je peux même laisser échapper un pet sonore sous les yeux ébahis des chats qui au lieu de fuir, viennent derrière mon séant sentir les odeurs de leur humaine préférée (ils n’ont pas le choix, il n’y a que moi). Seule, je laisse les boutons blancs sur mon visage, je ne suis pas obligée de les percer, je les laisse faire leur petite vie. Il m’arrive de ne pas me laver du week-end parce que je ne vois pas l’intérêt de prendre une douche quand la seule activité est de passer du lit dans la chambre au canapé dans le salon. Je peux avoir les cheveux dégueulasses, laisser pousser mes poils partout, manger dans mon lit et faire exprès de mettre des miettes partout et dormir dedans parce que c’est régressif, j’aime bien. Faire des selfies quand la lumière est jolie en disant à haute voix « Mais t’es bonne Pandora aujourd’hui, c’est quoi cette bombe ?! ». Je peux aussi me regarder dans le miroir de la chambre et critiquer mes trop grosses cuisses sans qu’un homme ne se permette de dire que mes cuisses sont très bien et que je ne suis pas grosse du tout. Laisse-moi penser ce que je veux de mes cuisses, merci, je ne t’ai rien demandé. Aucun homme ne peut se moquer de ma tenue de sport, aucun homme ne me voit suer dans le salon après avoir fait une série de trois fois cinq burpees, je peux même insulter la fitgirl sur l’écran « Putain la puuuuuuuuute j’en peux plus là la saloooooope ». Je peux faire ma voix cheloue, celle avec laquelle je parle lorsque je m’adresse aux chats, et leur chanter leur chanson (ils en ont chacun une, eh oui) sans être jugée.

Je peux manger de l’ail tout le temps, c’est super bon l’ail, j’en mets partout, je fais cuire des pommes de terre au four avec un filet d’huile d’olive et une tonne d’ail et ça me met en joie. J’aime me faire des plateaux repas avec des olives, du houmous, de la tapenade et de l’ail frais, après j’ai une haleine affreuse mais je m’en fous je suis seule. J’adore le riz aux oignons aussi. Je peux en consommer autant que je le veux sans jamais embêter personne. Je lèche les assiettes, toutes. Je fais des repas uniquement sucrés : brownie le matin, pancakes le midi et cookies le soir. Il n’y a pas et il n’y aura pas d’homme sous mon toît. Personne ne me dira « Tu as encore acheté un manteau ? », personne ne me dira « C’est quoi la facture qui traîne dans l’entrée ? » ou encore « T’aurais pu faire la vaisselle quand même ». J’achète un quarantième manteau si je veux, je n’ai jamais payé les factures en temps et en heure, c’est un principe de vie hérité de mon père et je veux un putain de lave-vaiselle, voilà ce que je veux !

Je n’ai pas envie de sentir l’odeur de caca de mon amoureux parce qu’il a oublié de mettre du désodorisant en quittant les toilettes, je ne veux pas le voir vomir non plus parce que voir quelqu’un vomir me donne envie de vomir et je déteste vomir, je ne veux pas savoir qu’il oublie de se couper les ongles de pieds parce que ça me dégoûte, je ne veux jamais être confrontée au moment ou il se sera mal lavé la bite et il y aura une odeur peu ragoûtante, je refuse de le voir se curer le nez, je ne veux pas subir ses ronflements ou le voir s’endormir pour la énième fois dans le canapé devant je ne sais quel jeu vidéo. La routine c’est un tue-l’amour, vivre en couple tue le désir, la vie sexuelle, puis l’amour. C’est statistique, personne ne peut contredire cette vérité qui fait si mal, je le sais, je l’ai moi-même expérimenté. Je ne veux pas de « Oui mais l’amour se transforme avec les années et c’est tout aussi beau ». BULLSHIT. Je veux me faire belle pour celui qui fait partie de ma vie, je veux qu’on sente bons, qu’on se surprenne, qu’on se fasse plaisir, qu’on fuit la routine, qu’on passe du temps de qualité ensemble, qu’on continue à se désirer et pour ça il n’y a qu’une seule option : refuser de partager le même toît. Finalement, la chose la plus romantique qu’on peut dire à celui ou celle qu’on aime c’est « Veux-tu ne jamais vivre avec moi et ne jamais m’épouser ? ». Soyons libres, ensemble.