Modus operandi

Au début je voulais faire les choses bien, je notais le contenu du carton dessus, je ne me contentais pas d’un simple « cuisine » mais plutôt « assiettes à dessert, couverts et centrifugeuse ». Puis j’ai rapidement mélangé tout et son contraire, ça donnait « livres, rideaux, machine à pop corn ». La dégradation a suivi son chemin en même temps qu’une certaine lassitude à faire des cartons seule (parce que je préfère crever que de demander de l’aide eh ouais), c’est devenu « trucs sdb » puis plus rien, il n’y avait plus rien écrit sur aucun carton, ce serait la surprise au moment du déballage (on se rassure comme on peut). Je déteste demander de l’aide parce que je déteste être sollicitée pour les déménagements, non seulement je n’ai aucune force dans les bras (ce n’est pas faute de soulever des poids) mais en plus je souffre d’hémorroïdes (comme la moitié de la population française Messieurs Dames). Je sais que personne n’en parle et que ce n’est pas glamour mais c’est une réalité : si je soulève un truc trop lourd pour mon petit corps fragile, le lendemain j’ai mal au cul. Je m’arrange donc pour être cette personne mignonne qui ouvre les portes lors des déménagements (quand je daigne m’y pointer parce que ne rêvons pas le samedi je me lève à 11h pas 7h30).

Comme je déménage toujours seule, je m’y prends en général cinq semaines en avance. C’est mon modus operandi. Un peu chaque jour. C’est censé être une technique qui me permet d’être plus zen. Mais ça foire à tous les coups parce que je suis ce genre de personne qui est très douée pour être anxieuse sans raison valable. Un déménagement va m’empêcher de dormir la nuit alors qu’un entretien où je dois négocier mon salaire, j’y vais avec le sourire et la confiance chevillée au corps. Déménager demande malheureusement de sociabiliser avec « des gens » : le service des encombrants de la ville, Emmaüs, la société de location d’un camion ou d’un box, la fange sur Le Bon Coin (plus jamais!!), le pire étant bien entendu de demander au supermarché à côté de chez soi s’ils peuvent vous garder des cartons vides (« ah mais on fait plus de réservations ! » « heu… d’accord mais c’était juste pour savoir si vous en aviez là tout de suite en fait heu… » « revenez demain ! »). Autre gros élément de stress : trouver le bon adhésif marron parce que certains sont de mauvaise qualité et perso moi ça m’angoisse l’adhésif qui se déchire alors que sa race je l’ai payé 5 euros pièce.

Déménager avec des chats c’est un stress supplémentaire parce que les chats sont comme ta grand-mère : ils détestent le changement. Si tu oses changer leur coussin de place ils paniquent alors imaginez leur tête quand tu entasses les cartons dans l’entrée, que tu nettoies les murs à la lessive Saint-Marc et que leur espace se vide de jour en jour et qu’ils finissent par te regarder complètement perdus en réclamant des câlins. Je me sens d’autant plus coupable qu’on ne va pas déménager une fois en 2021 mais au moins deux fois, voire plus…. Je leur explique « On va à Paris ! Ça va être bien mais vous allez être seuls la journée parce que je vais travailler mais je serai là le soir, jamais je ne vous abandonnerai, d’accord ? ». Ils me regardent l’air de dire « Mais que veut ce gros chat stupide avec sa voix doucereuse ? ». À l’heure où je publierais ce billet je serais enfin à Paris saine et sauve avec les chats, pour le moment je dois nettoyer les clefs au gel hydroalcoolique, requête de l’agence immobilière. Bon, vous vous doutez que jamais de la vie je ne vais faire ça, je veux dire je suis déjà assez sympa de lessiver les murs, il ne faudrait pas abuser de ma gentillesse (par ailleurs rappelons que le gel hydroalcoolique est cancérigène, bisous).

@gonji_the_bengal