Soleil d’hiver

Il paraît que j’ai changé de voix depuis que je suis à Paris. Adieu à cette sensation de ne pas être à sa place et aux cauchemars qui pourrissaient mon existence, bonjour à l’apaisement et au sommeil réparateur. J’aurais essayé la province sans succès, à plusieurs reprises, le Sud puis le Nord, rien n’y fait, ce n’est pas chez moi. Je comprends ceux qui n’aiment pas Paris, j’entends leurs arguments, j’ai quitté la capitale pour ces raisons. Mais c’est chez moi, j’ai les codes, je suis comme un poisson dans l’eau. À propos le lac Daumesnil était gelé ce matin, je me demande où sont les poissons… (j’ai trouvé la réponse). J’ai décidé de fêter le début du week-end en faisant une promenade au bois de Vincennes par moins cinq degrés. Comme j’aime l’hiver ! J’en profite parce que bientôt déjà il fera dix degrés et la pire saison de l’année fera son entrée, j’ai nommé le printemps ou la saison des suicides. Avec le corona, il y en aura sans doute encore plus cette année.

Le bois de Vincennes le samedi matin tôt c’est magique surtout quand le soleil est au rendez-vous, les enfants ne sont pas encore là, tout est calme, seuls des chiens courent la langue qui pend sur le côté pendant que leur maître tente de faire un jogging. Respect éternel pour les coureurs du matin, j’aimerais avoir leur obstination. Quand j’ai vu ce banc j’ai eu envie de m’y asseoir avec quelqu’un mais qui ? Les bancs sont faits pour les amoureux, est-ce-que ça marche si c’est moi que j’aime ? Justement, demain c’est la Saint-Valentin, des femmes se verront offrir des roses rouge, de la lingerie en dentelle et des savons en forme de cœur sans savoir que cette fête est à l’origine destinée à pourchasser les femmes dans les rues pour les fouetter dans le but de les rendre plus fécondes… faut-il préciser que ces « réjouissances » étaient également l’occasion de viols collectifs jamais punis ? Mais je vous en prie, reprenez donc un verre de champagne pour fêter Saint-Valentin qui aurait été décapité un 14 février pour avoir célébré des mariages dans la clandestinité. Sombre histoire que cette fête !

Se promener le nez au vent et une liberté qui m’est chère, je ne saurais y renoncer. Une personne sur deux ne porte pas de masque au bois de Vincennes, à 9h30 il n’y a quasiment personne, on ne risque pas de se prendre une amende par un flic zélé ni de se faire pointer du doigt par un collabo en herbe. Rappelons que chez nos voisins belges, le port du masque obligatoire dans l’espace public a été déclaré anticonstitutionnel, à quand le même bon sens en France ? (l’espoir fait vivre). Regarder les oiseaux virevolter de branche en branche, sentir le soleil sur la peau de son visage, admirer le ciel bleu presque fluorescent, marcher avec précaution sur le verglas, sourire. Et sourire encore quand ma mère m’envoie le message suivant « N’oublie pas d’enlacer les arbres ! ». Si j’avais eu ma perche à selfie je lui aurais envoyé une photo de moi en train d’enlacer un arbre mais à la place je lui ai renvoyé « J’ai aussi dit merci à l’arbre d’exister ». Oh je sais ce que certains pensent. Ma famille n’est pas conventionnelle ! Elle se distingue par un amour fou pour tout ce qui est vivant, « paix et amour » ont été la base de mon éducation. Naitre dans une famille comme la mienne c’est comme avoir eu une fée au-dessus de son berceau, c’est savoir que malgré les désaccords et les aléas, nous resterons soudés, nous cinq contre le reste du monde. C’est une force de vie, cet amour là. Ils ne me lisent pas mais je les remercie d’exister (et les arbres aussi!).