Coco

« Tu connais pas Coco ? », me dit-elle avec le plus grand des sérieux, peut-être un peu étonnée de mon ignorance.

Coquoi ? aurais-je pu répondre mais j’ai cherché. Coco… n’est-ce-pas le singe sur les paquets de Coco pops ? (les vrais savent que c’est CHOCO POPS à la base). Coco c’est le surnom de l’un de mes chats et aussi celui de mon cousin Marco, au cinéma c’est Gad Elmaleh et sans pouvoir me l’expliquer j’ai pensé à un perroquet, après j’ai compris que c’était celui de la pub Tropico, quand j’étais petite cette pub me rendait folle !

« C’est un chat gratuit sans inscription y’a que des mecs en chien qui font pitié, quand j’ai la rage je vais là-bas les insulter, ça fait un bien fou, tu devrais essayer ! ».

Ce jour-là, j’ai senti que cette fille et moi pouvions devenir amies, quand on commence à se liguer contre les hommes, c’est souvent un signe positif, le début d’une belle histoire d’amitié. Quelques mois plus tard, c’est effectivement le cas. Hier, elle m’a envoyé un message me disant qu’elle a fait son premier pari sportif, comme elle n’y connait rien, elle a fait le pronostic inverse de son mec et elle a gagné. Il était dégoûté, elle jubilait. J’aurais aimé la voir sautiller dans son salon pendant que son mec tire la gueule devant la télé ! Les hommes se prennent toujours pour des experts en tout mais quand il s’agit de sport, c’est pire encore. Je sais que tu me lis Marine alors : merci d’exister. Sa fille est aussi badass qu’elle, la petite refuse de porter le masque en classe et a été exclue de l’école, vous êtes mes héroïnes ! Vive vous !

Les pseudos des hommes sur Coco n’avaient rien de subtil, c’était « grossebite », « donneplézir », « chdomina » ou (mon préféré) « kivedelargen ». Il a fallu que je décline poliment des propositions de rapports tarifés en tout genre (« même juste un massage des seins? »), que mes yeux saignent en subissant pléthore de dick pics, que je soupire à la vue d’un énième « cc sava ». Au milieu de ce bordel digital, j’ai trouvé un garçon qui avait de la conversation et qui savait écrire correctement le français. C’était « jhsportif76 ». Il était drôle, il avait de la répartie, je n’ai jamais pensé à lui demander à quoi il ressemblait parce que je m’en foutais complètement. Tous les jours, nous nous parlions sur Whatsapp pendant des heures, il ne travaillait pas, moi non plus. Il me racontait l’année où il avait étudié en Floride, son décalage avec ses potes restés en Normandie qu’ils trouvaient limités intellectuellement (« J’étais comme eux, pas curieux, y’avait que le sport dans ma vie »), c’était beau de l’entendre parler de sa réussite dans ses études malgré le chômage qu’il vivait comme un échec. C’était encore l’une de ses histoires de transfuge de classe que j’affectionne tant. Je me suis sentie proche de lui en quelques jours à peine, d’autant que nous ne parlions jamais de sexe. Je ne suis pas à une contradiction près : c’est moi qui ai parlé de sexe en premier, pour voir un peu… Parce que je suis douée pour me faire des films, idéaliser un homme que je n’ai jamais vu. Dans mon imaginaire il était évident que « jhsportif76 » était beau. Non, il était évident qu’il allait me plaire et que j’allais le désirer, je me foutais de le trouver beau, c’est réducteur. Je lui ai envoyé des photos de moi sexy parce que je me trouvais grosse et j’avais envie d’entendre des compliments. J’illustre ce billet avec une photo camouflée mais c’est important pour la suite de l’histoire… J’ai pris une photo à l’arrache dans ma cuisine et je lui ai envoyée, donc.

Par la suite, sans surprise, nous avons parlé de cul toute la journée. Il m’a envoyé une dick pic (que j’avais demandée), et j’ai aimé ce que j’ai vu. Il a fini par m’envoyer une photo de sa tête mais on le voyait à peine dessus, si bien que mon imagination a pris le relais : il me plaisait, point. Il m’avait dit qu’il n’avait jamais eu de relation sérieuse avec une fille, c’est souvent un mauvais signe mais je ne me suis pas arrêtée à un tel détail, j’avais envie de me faire croire que j’allais enfin vivre une vraie et belle histoire d’amour, de sexe, de tout en même temps (oui, j’étais désespérée). Nous avons pris la décision de nous rencontrer, j’ai décalé à deux reprises, une petite voix me disait d’en rester au fantasme mais je ne l’ai pas écoutée.

Le jour où il arrivé chez moi, je portais une robe noire toute simple, pourtant quand j’ai ouvert la porte je me suis sentie nue. Il ne ressemblait pas du tout à sa photo et il était gros. Je ne m’attendais pas à ça parce qu’il se décrivait comme un homme sportif, il avait fait du rugby, or il y a une différence entre un homme musclé et un homme gros. Quand il s’est assis sur mon canapé, je me suis sentie toute petite à côté, sa cuisse prenait toute la place, il tentait de la rapprocher de la mienne. D’emblée j’ai été franche, je lui ai dit que j’étais étonnée de le voir en vrai, que je ne l’avais pas imaginé comme ça. Malheureusement, il a fait semblant de ne pas comprendre, ce que j’ai encore plus détesté. J’avais fait des pizzas maison qu’il a beaucoup aimé, il est resté deux heures chez moi à tenter un rapprochement, à me faire des compliments gênants, puis j’ai annoncé qu’il ne se passerait rien entre nous, que j’étais désolée mais non il ne me plaisait pas. Le problème ce n’était pas le fait qu’il soit gros, c’était le fait qu’il ait menti sur son physique. Il était sûr de lui à l’écrit, dans mon canapé il perdait tous ses moyens. Je m’en suis voulue d’avoir envoyé une photo de moi à moitié à poils (pas qu’une, ok), ce jour-là j’ai appris une bonne fois pour toutes (oui j’avais déjà fait l’erreur avant) que je devais arrêter de me vendre avec des nudes. Je vaux mieux que ça. Toutes les femmes valent mieux que ça, nous sommes tellement plus que nos corps.

Plus tard, il m’a demandé sur Whatsapp « C’est parce que je suis trop costaud ? » et là encore ça m’a agacée. « Gros » n’est pas un gros mot , ça veut dire « qui est plus large et plus gras que la moyenne », c’est tout. Je sais que « costaud » ça sonne mieux quand on est complexé mais ça ne veut pas du tout dire la même chose, entre « fort » et « plus large et plus gras que la moyenne », il y a une nuance abyssale. Il était gentil puis il s’est énervé : il avait été lésé, j’avais envoyé des photos sexy alors qu’il n’avait rien demandé, j’étais une allumeuse. C’est vrai : je suis une sale allumeuse. J’étais. Cela dit, je ne lui dois rien, ni à lui ni à aucun homme. Mais je m’étais mise en danger en faisant venir chez moi un homme qui a du désir pour moi sans savoir si moi j’en avais pour lui. Il s’est rapidement excusé d’avoir insinué que je lui devais quoi que ce soit, de mon côté je lui ai dit que ce n’était pas agréable de devoir rejeter quelqu’un qui ne nous plaît pas et nous en sommes restés là. Jusqu’à ce qu’il m’annonce qu’il était au régime : il voulait un autre rendez-vous dans un mois, il voulait une seconde chance. Ca m’a fait beaucoup de peine qu’il veuille perdre du poids à cause de ce qui s’était passé entre nous…

Cette histoire m’a traumatisée au point que je ne tente plus aucune rencontre sur les réseaux. Tant pis si je reste seule jusqu’à la fin de ma vie, je ne veux plus jamais rejeter quelqu’un. Ou me mettre en danger. Ou être déçue. J’ai fini par le bloquer parce qu’il devenait super lourd (je l’ai prévenu avant). Si j’écris ce billet aujourd’hui c’est pour mettre en garde les femmes qui comme moi parfois se sentent seules avec ce couvre-feu et cette ambiance merdique qui règne depuis un an. Ce jour-là j’ai eu beaucoup de chance de tomber sur un homme qui a de l’éducation et du respect pour les femmes, cette histoire aurait pu se terminer chez les flics avec dépôt de plainte. D’autant qu’il est venu chez moi, il avait mon adresse, il aurait pu revenir. Il vaut mieux être parano, désormais je le suis.

Bisous 🎈

7 commentaires

  1. C’est un problème de plus en plus courant.
    Les gens (mecs comme meufs), sur internet, mentent sur leur physique, le savent très bien, mais derrière jouent l’étonnement quant tu leur expliques que ça va pas le faire. Je rencontre plus personne sans m’être assurée que la personne est bien qui elle dit être, autant sue le physique que le reste. (de toute façon, je rencontre plus personne donc c’est réglé…)

    Par contre, t’abuses un peu, à te trouver grosse, vu la photo… 🤩

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  2. J’ai une copine qui exige un FaceTime pour être sure que le mec est le même que sur la photo. Mais perso ça me parait beaucoup d’efforts pour pas grand chose. On se trouve toujours grosse, surtout quand on ne l’est pas. Les mystères du cerveau de la femme 😞

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  3. Bah, c’est pas un si énorme effort, je trouve. Et pourtant dieu sait que j’aime pas le faire non plus.

    Mais, quand je le compare à la possible déception de la rencontre, du malaise d’avoir à dire à l’autre que ce sera pas possible, je me dis que, bon… 😀

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