Relâche

Ces journées de vacances parfaites. Dimanche, dernier tour au musée d’Orsay avant extinction des libertés, rendez-vous au cinquième étage, mon préféré, émotion devant Le Bassin aux nymphéas, tout à coup ma grand-mère me manque, elle aimait Monet, comme moi. Plus loin le Bal du Moulin de la Galette, je me revois étudier sa composition en cours, La Nuit Étoilée, évidemment, ce tableau m’émeut tant, à chaque fois je suis au bord des larmes devant des japonaises ultra stylées, avec option masque dernier cri et hors de prix qui ne font pas attention à moi. J’aime aussi aller au musée pour observer les couples d’ados qui se font des bisous en cachette des adultes, les grandes scandinaves à la cuisse sans cellulite vêtues de jupes très courtes qui n’ont jamais l’air vulgaire, les groupes de femmes séniors qui parlent, qui parlent, qui ne font que ça, à croire qu’elles ne regardent pas les œuvres, et les enfants qui courent partout, leurs parents un peu désemparés et moi qui rit au milieu, j’aime les enfants qui désobéissent, comment ne pas courir dans un musée ? C’est si spacieux, moi aussi j’ai envie de faire la course ! Après le musée j’ai fait un tour à la fête des Tuileries et contre toute attente, je me suis envoyée en l’air. Je me suis retrouvée dans une machine infernale à plus de 25 mètres, j’ai crié parce que c’est ce qu’on fait dans ces cas-là, j’ai failli m’envoler parce que niveau sécurité, c’était léger, et j’ai profité de l’arrêt momentané de l’engin pour admirer cette superbe vue sur Paris. Je n’ai jamais aussi bien dépensé 5 euros, l’attraction m’aura évité de m’envoyer en l’air avec je ne sais quel mec de Tinder qui ne mérite pas mon petit corps d’amour. L’autre jour l’un d’eux me dit « C’est bien de lire, j’ai jamais pris l’habitude », ce à quoi j’ai répondu « Tu ne lisais pas quand tu étais enfant ? »(je trouve ça fou, que font les enfants qui ne lisent pas de livres pour survivre dans ce triste monde tragique?), il m’a juste répondu « Non ». Quand je lui ai demandé quels étaient ses loisirs, sans aucun suspens, il a écrit « J’aime le sport ! Le cinéma, le restaurant, voir mes amis et ma famille », j’ai failli répondre « Duh » mais il n’aurait pas compris. Il a beau rivaliser avec Fred niveau taille, son intelligence en revanche ne semble pas très développée, il est affreusement banal, sans saveur, commun, je ne sais plus quoi répondre à ces quotidiens « Coucou, ça va , bien dodo ? » (quel être humain adulte ose dire « bien dodo », non vraiment les bras m’en tombent… ). Il faudrait que je trouve le courage de ne plus avoir de vie sexuelle avec des idiots, c’est ce que j’ai pensé en allant vers la Pyramide du Louvre dont l’accès était fermé pour cause de tour de France. Mais reste la question : comment avoir une vie sexuelle épanouissante avec un homme intelligent ? Parce que d’après mon expérience, les hommes intelligents se foutent du sexe ou à l’inverse sont à fond dans le BDSM, est-il possible de trouver un putain de juste milieu, s’il-vous-plait ?

Je voudrais pouvoir ne jamais retourner à cette mission d’intérim avec cette collègue stupide elle aussi (un peu touchante, certes, mais vraiment inculte) où je suis payée plus de deux SMIC à ne rien faire du tout, ce qui pourrait constituer un luxe pour beaucoup. Mais je peux vous assurer que c’est une torture de ne rien avoir à faire de la journée à part répondre à trois mails et deux appels. Les journées passent lentement, comme un sentiment de gâcher sa vie, une certaine culpabilité au regard de ceux qui comme mon frère travaillent dans un hôpital et rentrent épuisés pour un peu plus que le SMIC. Il est temps que je trouve ce vrai poste épanouissant auquel je me rendrais tous les matins en chantant, ça m’est déjà arrivé, je sais que c’est possible. D’ici là, je profite de cette semaine de vacances pour me reposer, passer du temps avec les chats, me promener au bois de Vincennes avec Camille (qui est intelligente et drôle, si j’étais lesbienne, je l’épouserais), lire des livres, faire des tentatives culinaires pas toujours réussies (à force de rajouter un ingrédient, le plat finit comme un morceau de jazz, ça part dans tous les sens, c’est mauvais) et rendre visite à la poulette dans le jardin partagé dont j’ai le privilège d’avoir une clef, parfois le chat roux est dans les parages lui aussi, ça fait de jolis clichés et plus d’animaux à caresser.

7 commentaires

  1. Pour reprendre l’allégorie de la caverne de Platon, je pense que tu es dans l’entre deux. Pas tout à fait détachée de l’illusion et des prisonniers qui l’occupent et pas tout à fait libérée. C’etait ma petite psychanalyse de comptoir, merci.

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