Tu as lu Siddhartha ?

Je voulais supprimer ce blog (j’adore créer puis anéantir) puis j’ai eu un sursaut. Et si je le transformais, plutôt ? En 2021, je n’ai lu que 20 livres, ce fut une année où je n’ai sans doute pas réussi à me concentrer assez pour lire plus, je crois que je n’ai pas eu l’envie d’avoir envie, comme dirait feu Johnny. Je ne vais pas vous pondre des chroniques de mes lectures, en toute honnêteté, je déteste les lire (même si certaines m’ont fait découvrir des auteurs), j’ai pensé à raconter le contexte dans lequel on choisit un livre, à la place. Pourquoi lit-on ce livre plutôt qu’un autre ? A titre personnel, ça m’intéresse. Avec un peu de chance, ça intéressera un lecteur ou deux (et même s’il n’y en avait aucun, j’aurais la satisfaction de laisser une trace de mes lectures quelque part…).

Cette fin d’année 2021 a été difficile puisqu’il me fallait finir L’Art de la Joie de Goliarda Sapienza, c’est un roman dont j’ai beaucoup aimé les deux premières parties et profondément détesté les deux dernières. Détesté, le mot est faible. Plus j’avançais dans le roman, plus je pensais « Cette Modesta est détestable ». Modesta, c’est le nom de l’héroïne de ce roman qui la suit de sa jeunesse à sa vieillesse, même si à en croire l’auteur, elle ne vieillit jamais, elle est toujours aussi belle et désirable (ça fait partie des éléments que j’ai détesté, parce que moi ça m’intéresse, la vieillesse). Inutile de préciser que l’histoire de Modesta c’est l’histoire de Sapienza elle-même…

Alors que j’exprimais mon profond dégoût pour ce roman à Corwin, et que je me plaignais de ne pas lire de romans plus lumineux, plus positifs en un sens, il m’a dit « Tu as lu Siddhartha ? ». Il trônait sur sa bibliothèque, il l’avait trouvé en poche d’occasion quelque part en province. Je ne savais pas, parce que je lis énormément depuis … toujours, petite je préférais lire que jouer à la marelle ou autre jeu que je considérais comme stupide (non, je n’aimais déjà pas mes congénères). J’ai lu la quatrième de couverture et j’ai pensé « Pitié, pas un autre Alchimiste de Paulo Coelho, je n’ai pas besoin de ça ».

J’ai ouvert Siddhartha, écrit par Hermann Hesse en 1975, bien avant l’Alchimiste, donc, et je me suis laissée porter. C’est un très court conte philosophique. Je l’ai lu dans la journée. Je l’ai refermé en pensant qu’en effet, la sagesse ne peut pas être communiquée, transmise, qu’un homme doit faire ses propres expériences, ses propres erreurs, et ça m’a fait pensé à ma mère qui ne cesse de nous répéter à mes frères et moi  « Mettez de l’argent de côté, c’est important ». Mais nous continuons d’être des paniers percés, encore plus en ce moment où l’avenir est une notion toute relative. Quand je dis à ma mère « Laisse-nous faire nos propres expériences, fous-nous la paix », elle me répond « Mais je veux éviter que vous fassiez les mêmes erreurs que moi ». Je vais donc acheter Siddhartha à ma mère, peut-être qu’elle comprendra enfin que nous devons faire des erreurs, que son chemin de vie n’a rien à voir avec le nôtre (même si elle nous a donné la vie). Je suis certaine que ma mère a déjà lu Siddhartha mais je suis encore plus certaine qu’aujourd’hui, elle le lira avec un regard plus neuf.

Désormais, j’ai envie de lire Hermann Hesse, je ne sais pas si je vais lire un roman ou l’une de ses nombreuses nouvelles, mais il m’a donné envie de le découvrir. Parce que ce qui fait aussi la beauté de ce Siddhartha, c’est la langue. L’espace de quelques heures, je me suis promenée avec lui, j’ai voyagé. Je crois que cette année commence bien.

Je ne vous souhaite pas une bonne année mais je vous souhaite bonne chance. Sans vouloir être pessimiste, on va tous en avoir besoin !

4 commentaires

  1. mon avis n’intéresse que moi (et encore), mais je me souviens que j’avais beaucoup aimé lire Hermann Hesse ; faudrait peut-être bien que je recommence, parce que quarante ans plus tard, je m’en souviens pas trop.

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  2. Merci pour ce commentaire ! Je crois qu’il y a des auteurs qu’on aime bien mais qu’on oublie avec les années. D’autres qu’on relie et qu’on n’aime plus (phénomène toujours troublant). Je pense que c’est difficile de ne pas aimer Siddhartha, comme le dit un commentaire Amazon « Ceux qui voudront n’y rien trouver, ceux qui partiront avec un a priori négatif, ceux n’ayant que peu/pas d’imagination et peu/pas l’habitude d’écouter leurs sentiments, etc n’y trouveront rien. Le livre leur semblera bof. Pour les autres la lecture leur laissera de multiples réflexions sur leur vie. »

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