Loué sois-tu pour notre sœur la mort

« Nous vivons dans des villes, dans des métiers, dans des familles. Mais le lieu où nous vivons en vérité n’est pas un lieu. Le lieu où nous vivons vraiment n’est pas celui où nous passons nos jours mais celui où nous espérons— sans connaître ce que nous espérons, celui où nous chantons— sans comprendre ce qui nous fait chanter »

J’ai lu Christian Bobin il y a longtemps, probablement adolescente, je me souviens avoir été à la fois attirée par sa célébration des choses simples et agacée par le caractère religieux de ses écrits. J’ai décidé de lire Le Très-Bas suite à une recommandation d’une inconnue totale en commentaire de je ne sais plus quel post sur Instagram. Cette inconnue totale parlait de ce livre consacré à Saint-François d’Assise en des termes qui me donnaient envie, elle parlait, je crois, entre autres, de délicatesse.

Cet après-midi, comme souvent le dimanche, je me suis promenée au bois de Vincennes, à la recherche plus ou moins assumée des cygnes qui ne sont pas toujours au même endroit sur le lac Daumesnil. Les oiseaux provoquent mon admiration (même les pigeons, eh oui), j’ai une espèce de passion pour les volatiles, quant aux cygnes, ceux que j’ai vus aujourd’hui sont nés au printemps dernier, autrement dit : je les connais quasiment depuis leur naissance. S’ils ne savent probablement pas qui je suis (ou s’en foutent), non seulement je sais les reconnaître mais moi je les aime (la preuve, j’écris à leur sujet sur mon blog). Le Très-Bas est un livre aussi délicat que mes après-midi à observer les cygnes puis à me rapprocher d’eux tout doucement pour les prendre en photo. Deux hommes d’un certain âge m’ont demandé « Vous voulez qu’on vous prenne en photo avec les cygnes ? », choquée j’ai répondu «Heu… non merci ça va aller… ». J’aime laisser les oiseaux tranquilles, si je m’approche trop près et qu’ils me fuient, alors je m’en vais, je comprends la leçon (mais ils ne me fuient que très rarement, peut-être savent-ils que je les aime?). Les vidéos qui me font le plus rire sont celles où des abrutis veulent prendre un selfie avec un animal qui mange leur appareil photo ou les fait tomber. Ou dans ce cas précis, les mange, eux. Bien fait.

« Dieu. Cette vieillerie de Dieu, cette vieille bougie de Dieu brûlant au noir des siècles, ce feu follet rouge sang, cette misère d’une chandelle mouchée par tous les vents, nous, gens du vingtième-siècle, nous ne savons qu’en faire »

Jusqu’au printemps 2020, je ne croyais en rien, j’étais nihiliste. Depuis que je crois en Dieu, L’Univers, la Source, et je ne parle pas du Dieu des églises (Bobin non plus, par ailleurs, mais je ne le comprends qu’aujourd’hui…), je m’émerveille des choses simples, je prends le temps de m’arrêter même quand je n’ai pas le temps, je vois ce que je ne voyais pas, avant. Je parle à mes anges gardiens et ils me répondent parfois avec tant d’humour que je plains ceux qui ne communiquent par avec les leurs. Je souris plus, j’ai moins envie de me jeter d’un pont (même si je sais de quel pont se jeter, parce que cette idée me rassure), je n’ai plus peur de la mort, je n’ai pas hâte non plus mais je pense que la mort va être un voyage beaucoup plus intéressant que mon insignifiant passage sur Terre.

«Dieu c’est ce que savent les enfants, pas les adultes. Un adulte n’a pas le temps à perdre à nourrir les moineaux »

J’ai envie de lire d’autres Bobin, maintenant. « Autoportrait d’un radiateur » m’attire pour son absurdité mais pourquoi pas « Une petite robe de fête ». Si vous l’avez lu, merci de m’indiquer vos titres préférés (vous avez aussi le droit de me dire que vous le détestez, tous les goûts sont dans la nature!). Sur la page Wkipédia de l’auteur, on peut lire « Ayant toujours vécu à l’écart du monde, il s’installe en 2005 dans une maison isolée à la lisière du bois du Petit Prodhun, à une dizaine de kilomètres de son Creusot natal. Il y vit toujours actuellement au calme avec sa compagne ». Je crois que Christian Bobin vit une vie rêvée, auteur à succès qui n’en a rien à faire. L’humilité, cette qualité rare dont tant d’écrivains manquent. Mais je m’égare sans doute, n’est-ce-pas ? 😉

« Car nous ne sommes maîtres de rien. Ce que nous créons se sépare aussitôt de nous. Nos œuvres nous ignorent, nos enfants ne sont pas nos enfants. D’ailleurs, nous ne créons rien. Rien de rien. Ses jours sont à l’homme ce que ses peaux sont au serpent. Ils luisent un temps au soleil puis se détachent de lui »

Le Très-Bas, Christian Bobin, Folio, 130 pages