Renoncer à lire un livre jusqu’au bout

L’année dernière, j’ai arrêté la lecture des Frères Karamasov de Dostoïevski. J’ai longuement hésité avant de le faire, j’en étais à la moitié du roman, je commençais à fatiguer, les descriptions étaient semble-t-il de plus en plus longues et l’intrigue peinait à être résolue. Pour ceux qui n’ont pas lu ce roman, il est question d’un parricide, j’ai fini par demander à mon ami Google si on connaissait le nom de l’assassin à la fin et j’ai compris que non. Dostoïevski a réussi non seulement à m’agacer avec ses descriptions interminables, il fallait aussi accepter d’être frustrée à la fin du roman ? Plus jeune, je ne lâchais jamais un livre en plein milieu, j’allais jusqu’au bout quitte à souffrir, grimacer et soupirer pendant des centaines de pages, j’y voyais là une mission d’autant que je notais scrupuleusement chaque mois le nombre de livres lus, or je ne pouvais pas, selon mon barème personnel, écrire le nom d’un livre si je n’étais pas allée jusqu’à lire les remerciements en fin de page (c’est beau, la jeunesse).

Cette semaine, j’ai commencé la lecture d’un roman de George Sand qui s’appelle Indiana. Je me souviens avoir lu La Mare au Diable et je crois que, déjà, j’avais arrêté en plein milieu. Il faudrait peut-être accepter que, de toute évidence, je n’aime pas lire George Sand. Au début j’ai été intéressée par l’histoire de cette très jeune femme mal mariée à cet homme bien plus vieux et gras-du-bide et rougeaud mais j’ai été lassée, je ne voyais pas où l’auteure (je refuse d’écrire « autrice », tout à fait!) voulait en venir et j’ai fait la même chose qu’avec Les Frères Karamasov, j’ai fait un tour sur Google pour apprendre que cette histoire se terminait par un double suicide raté et j’ai pensé « Tout ça pour ça ? ».

La semaine dernière, mon amie Camille m’a demandé si j’avais lu le Goncourt d’il y a quatre ans et j’ai répondu que non pas du tout, à vrai dire je ne m’intéresse plus du tout aux prix littéraires pour des raisons qui me semblent évidentes. Elle me dit qu’elle a adoré ce livre sur l’adolescence, les premiers émois, les premières fois, l’auteur aurait du talent pour décrire les scènes de sexe, Camille me dit que c’est « respectueux des femmes », je comprends vaguement ce qu’elle essaie de me dire, surtout j’aime beaucoup Camille alors je finis par acheter le roman en question. J’ai réussi à lire cinquante pages, c’est très rare que je n’arrive pas au moins à la centième page, c’est un peu un pacte avec moi-même, il « faut » lire au moins cent pages pour « se faire une idée ». Je suis présentement en train de regarder ce roman dont je déteste le titre par ailleurs et de me demander où je vais bien pouvoir le laisser dans Paris mais je m’égare. Quand Camille m’a demandé ce que j’en pensais, j’ai répondu « Je crois que je vois très bien où il veut en venir, c’est le roman d’une adolescence sans internet, avant les smartphones, c’est louable, c’est un bon thème, mais en 1992 on ne disait pas « meuf », je suis désolée ». Je suis donc incapable de vous parler des scènes de sexe qui seraient belles et respectueuses de la femme, je n’ai pas réussi à aller jusqu’à elles… Camille m’a répondu, triste : « Oui, c’est ça qui m’a plu au final. La description de mon monde perdu…. ».

J’ai aussi lu le dernier Philippe Djian offert par mon frère (qui a été attiré par le titre, Double Nelson) et je l’ai détesté de toute mon âme, je n’ai pas cru une seule seconde à cette histoire « d’amour » entre un vieil écrivain désabusé (enfin il n’a que la quarantaine mais à le lire il semble plus vieux encore) et cette femme qui fait partie des forces spéciales de l’armée, on aurait dit une mauvaise série d’espionnage sur Netflix comme il y en a tant. Je l’ai lu jusqu’au bout tout de même mais ce fut laborieux. Philippe si tu fais toi aussi partie de ces écrivains qui Google leur nom chaque matin et que tu lis ça, je suis sincèrement désolée mais tu n’as pas assez travaillé, il faut que quelqu’un te le dise (bisous). Et la critique est dithyrambique, comme avec tous ces vieux écrivains qui font tellement partie du paysage qu’on ne peut plus remettre en question leur travail. Je suis si déçue de n’avoir pas été charmée depuis trois livres que je décide de faire une petite pause Netflix, justement, il parait que « The Lost Daughter » c’est très bien et il s’avère que j’aime beaucoup l’actrice Olivia Colman que je connais depuis Broadchurch, je sais qu’elle, au moins, ne peut pas me décevoir. On croise les doigts !

MAJ : je n’ai pas aimé « The Lost Daughter ». Olivia Colman ne m’a pas déçue, certes. Mais quel film sans intérêt. Adapté d’un roman d’Elena Ferrante que je n’ai jamais réussi à lire tant son style ne m’intéresse pas (peut-être mal traduit ? Il y a toujours un doute).

3 commentaires

  1. Bon jour,
    On n’a peut-être moins de temps à perdre et ainsi la possibilité de se repositionner sur d’autres lectures… mais il ne faut pas que cela devienne une habitude… 🙂
    Max-Louis

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  2. j’ai longtemps mis un point d’honneur, par respect pour l’AUTEUR (en lettres de trois mètres et en marbre), a lire toutes les lignes jusqu’à la fin. Enfin, dans les bouquins respectables ; le reste (90% de mes lectures), je me promenais dedans en piochant ici ou là, dans le désordre…. jusqu’au jour où j’ai pigé que je m’amusais bien plus en zigzaguant qu’en respectant l’oeuvre des Ggrandmaîtres. Bref, si je n’arrive pas toujours à la fin, tant pis. J’espère juste que les écrivains s’amusent en écrivant leur dernier chapitre, parce que sinon quel boulot pour rien.

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  3. Je ne sais pas pourquoi nous sommes si nombreux à évoquer le « respect » que l’on doit aux écrivains… Acheter un roman n’est-ce pas déjà une preuve de respect ? Je veux dire, on les fait vivre…

    Mon père fait comme toi, pire, il commence par la fin. Parfois la fin ne lui donne pas envie de lire le début. Je crois qu’on a le droit de faire tout ce qu’on veut. De toute façon, quand on écrit, une fois publié le roman ne nous appartient plus…

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