De la librairie d’occasion et de certaines grands-mères

Avant, j’étais snob. Je ne lisais que des livres immaculés, vierges, rutilants, je les voyais sur les étals et je choisissais le dernier de la pile, en-dessous, puis je l’adoptais. Je n’aurais jamais pensé mettre un orteil dans une bibliothèque, sauf pour draguer du doctorant usé par la lecture d’essais plus douloureux les uns que les autres, je me rêvais distraction sulfureuse … (tout cela est faux mais oui j’aimerais être capable de détourner un doctorant du droit chemin, chacun ses fantasmes). Il était hors de question de mettre un pied chez ces bouquinistes d’occasion, je lisais « Tout à 2€ », je ne m’approchais surtout pas de ces vieux livres rabougris dont personne ne voulait plus, ces livres-là étaient comme une prostituée en fin de carrière, bradés, soldés, ou un non-vacciné, tiens, tel un président indigne de sa fonction, j’emmerdais ces vieux livres, je les méprisais absolument. Puis je suis devenue pauvre, et j’ai révisé mon jugement.

J’ai fait un tour chez Book Off (j’apprends que la chaîne est japonaise 😱), Faubourg Saint-Antoine, j’aurais pu faire un vœu, c’était la première fois que je me rendais dans un tel lieu. Je n’ai pas regardé les livres avec dédain, j’ai cherché ceux qui m’appelaient, la rangée des « 1€ » était si longue, elle semblait ne jamais finir et je me suis demandée s’il valait mieux être un auteur qui finit sur les étals des 1€ ou pas ? Je n’ai évidemment pas la réponse. Il faudrait demander aux auteurs à 1€ (sans les froisser, opération périlleuse). J’ai été attirée par Doris Lessing parce que Doris Lessing, une valeur sûre, a priori. Puis, le titre : « Les grands-mères ». J’aime bien les récits qui évoquent les femmes plus âgées, à ce propos me revient en tête un roman de Christian Gailly que j’avais beaucoup aimé, Un soir au club, qui évoque entre autres un début de relation entre deux séniors avec grande délicatesse, si vous ne l’avez pas lu, je le conseille (je déteste les gens qui conseillent des trucs donc je retire ce que j’ai écrit : faites comme il vous plaira!). Je réfléchis et je ne le conseille vraiment pas. J’ai relu dernièrement Moon Palace de Paul Auster qui était un livre que j’avais beaucoup beaucoup aimé dans la vingtaine. Je ne sais pas ce qui m’a plu. Je cherche encore. Soit c’est mal traduit soit les phrases qui m’ont émue avant ne me font plus d’effet. Je ne l’ai même pas fini. Décidément, en vieillissant, tout part en couilles. Qui suis-je devenue ? Qui étais-je !Si on ne peut même plus faire confiance à ses goûts, à quoi se raccrocher ? 😐 (Je vais tenter de le relire, pour être sûre à 100%).

Les grands-mères, donc. Petit roman de 139 pages trouvé pour la modique somme de 3,50€. Je n’ai pas lu la quatrième de couverture, j’ai commencé sa lecture dans le métro direction Montreuil pour prendre le goûter chez une amie, c’est loin, Montreuil, c’était l’occasion idéale.

Les jeunes parents, par définition des êtres sexuels avec, à la traîne ou courant dans leurs jambes, de ravissants rejetons, focalisent pour un temps les regards et attirent les commentaires. « Oh, quel adorable petit garçon ! Quelle belle petite-fille ! Comment t’appelles-tu? Quel joli nom ! ». Et puis tout d’un coup- c’est du moins l’impression qu’on a-les parents, qui ne sont plus aussi jeunes, semblent perdre de leur stature, rapetisser même, il n’y a pas de doute, ils perdent de leur couleur et de leur éclat.

J’ai beaucoup aimé l’histoire de ce moment charnière dans la vie de ces deux grands-mères peu communes, Lil et Roz qui, on le sent, on fait une grosse connerie mais le récit se déroule délicatement sous nos yeux, on s’imagine près d’elles sur la plage, on les voit complices, amoureuses (pas l’une de l’autre pourtant on les croit lesbiennes), on les voit égoïstes et sensuelles. J’ai repensé à un film que je n’avais pas réussi à regarder jusqu’au bout tant je m’étais ennuyé, Perfect Mothers avec Naomi Watts et Robin Wright, c’est l’adaptation de ce roman. Pourtant j’aime le cinéma d’Anne Fontaine mais cette fois-ci c’était soporifique, pour mon plus grand déplaisir.

Mais les garçons, pourquoi ? A quelle fin ? Il y a un âge, un âge éphémère, vers seize, dix-sept ans, où ils ont une aura poétique. On dirait de jeunes dieux. Il arrive que leur famille ou leurs amis soient intimidés par ces êtres qui ont l’air de visiteurs venus d’une atmosphère plus pure. Ils n’en ont souvent pas conscience, se faisant davantage l’effet de paquets mal ficelés qu’ils essaient d’empêcher de se défaire.

Non seulement je suis convertie aux soldeurs de livres mais je commande aussi chez Momox et à la Bourse des Livres. Les temps changent, n’est-ce-pas ?

4 commentaires

  1. J’ai toujours eu un faible pour les bouquineries poussiéreuses, y flâner, y trouver des perles épuisées, des trésors, des notes des anciens propriétaires dans les marges des pages, leurs noms en troisième, un vieux signet ou une photo jaunie, une feuille ou un pétale séché, l’odeur des papiers qui a pris le relais des odeurs d’encre évaporées depuis belle lurette.

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  2. Bon jour,
    J’aime beaucoup cette phrase/expression : … »Décidément, en vieillissant, tout part en couilles… » surtout quand on lit juste un peu plus loin : »… pour prendre le goûter chez une amie… »:)

    Cela m’amuse énormément quand une femme emploie le mot : couilles… (et surtout cette expression cité plus haut) et me demande quand un jour une femme va employer les mots : utérus, ovaires, vagin,clitoris etc dans les expressions en général « dédies » aux hommes et je pensais au mot : parité… 🙂
    Bonne journée 🙂
    Max-Louis

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