A la recherche du chef d’œuvre…

Je suis entrée dans la librairie avec la ferme intention de demander des conseils de lecture. Mais je ne savais pas quoi demander. Une belle histoire d’amour ? Pas un truc toxique à la Belle du Seigneur, une VRAIE histoire d’amour, merci. Ou un roman résolument optimiste ? Mais pas un truc niais non plus. Quelque chose qui se termine bien ? Mais pas comme un film de Nöel, quelque chose de crédible. J’ai demandé une auteure islandaise parce que j’ai pensé à cette chanson de Björk que mon frère et moi aimons chanter, Jóga. Je fantasme sur l’Islande parce que c’est mon seul regret, j’aurais vraiment aimé visiter au moins la capitale. La terre de glace et ses volcans, et les hommes qui ressemblent à des Vikings mais font du tricot, moi j’aime bien. On m’a conseillé un roman qui venait de sortir et j’ai dit sans aucune honte « Comme je suis précaire, je vais plutôt me diriger vers un livre de poche si ça ne vous ennuie pas ». Il n’y avait pas ce que je cherchais alors j’ai dit que je voulais un roman anti-Covid, enfin, je ne l’ai pas dit mais je l’ai pensé. J’aurais pu dire un « roman feelgood » mais beurk. Je crois que j’ai dit « Quelque chose de léger ».

Je me suis retrouvée avec Propriété privée dans les mains, un roman de Julie Deck dont j’ignorais l’existence jusqu’ici. J’ai lu la première phrase de la quatrième de couverture, « Il était temps de devenir propriétaires. Soucieux de notre empreinte environnementale, nous voulions une construction peu énergivore… », j’ai souri, j’ai dit « Ok ! ». Quelque chose de moqueur me ferait sans doute passer un bon dimanche. Le libraire m’avait dit (en parlant de l’auteure) « Elle ne cherche pas le chef d’œuvre » et je m’étais demandée s’il la connaissait personnellement pour affirmer une telle chose ou s’il voulait dire par-là qu’elle n’avait pas d’ambition démesurée, qu’elle était humble. Je crois que j’ai dit « Ah, c’est rassurant ! » mais je n’étais pas rassurée du tout, à vrai dire. Quel manque d’ambition ! Puis je me suis souvenue qu’il valait sans doute mieux écrire un bon petit roman de gare sympa pour payer la rénovation de la façade de l’immeuble plutôt que d’essayer d’écrire un chef d’œuvre à une époque où le monde ne serait même pas capable de le voir. J’étais pessimiste, je vous l’accorde. Mais je suis au régime.

En partant, j’ai dit que, la prochaine fois, on se verrait chez nous. Nous possédions une belle cave. On déboucherait une bonne bouteille pour l’occasion. C’était une invitation parisienne, sincère sur le moment mais formulée en dehors de toute temporalité, ainsi l’interlocuteur devine qu’elle ne se réalisera jamais. Mais Cécile venait de Seine-et-Marne.

Je n’ai jamais autant lu qu’en ce début d’année et je crois que le libraire m’a fait prendre conscience que ce que je voulais vraiment, c’était lire un chef d’œuvre. J’ai envie, non j’ai besoin, d’être bouleversée comme j’ai pu l’être par Crime et châtiment, par Corps et âme, je veux tomber amoureuse d’un livre puisque les hommes ne me font apparemment plus aucun effet. Propriété privée m’a fait penser à une comédie qui passerait sur TF1, je veux dire, une coproduction TF1, il y a tous les ingrédients qu’il faut : des voisins avec ou sans enfants, avec ou sans animaux, dont une bimbo blonde qui porte des microshorts, un mari dépressif, une intrigue comme un faux polar, des critiques acerbes sur ces parisiens bobos qui sont les seuls à savoir qu’ils ne le sont pas. Je me suis dit que si j’allumais la télé, je risquais probablement de tomber sur ce genre de programme divertissant.

Au bout d’une demi-heure, un véhicule s’est garé au coin de l’allée. Les policiers étaient jeunes, composés d’une blonde et d’un métis, franco-capverdien, avons-nous su après qu’Inès a posé la question, puis aussitôt précisé qu’elle aimait les peuples du monde, d’ailleurs elle votait pour Jean-Luc Mélenchon.

Je prends solennellement une résolution, puisque nous sommes toujours au mois de janvier et que ce serait autorisé. Je ne demande plus de conseils de lecture aux libraires, la coupe est pleine (j’adore cette expression, voilà une occasion de l’utiliser !). Désormais je vais chercher moi-même mon prochain chef d’œuvre, je vais continuer d’arpenter toutes les librairies parisiennes dans l’espoir de rencontrer le « roman de ma vie ». Le nouveau « roman de ma vie », celui qui va prendre place dans la liste de ceux qui m’ont bouleversée. To be continued !

3 commentaires

  1. Bon jour,
    Un auteur pour ma part incontournable et indémodable : Edmond Jabès … c’est la fois, beau, extraordinaire, profond (voire insondable), vertical, fascinant, incompréhensible, douloureux, savoureux, dépaysant etc etc (ce n’est que mon avis qui n’engage que moi, bien sûr) 🙂
    Je vous souhaite de tout de trouver : Le nouveau roman de votre vie… 🙂
    Bonne soirée.
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.