Lire l’Irlande

Je ne sais plus chez quelle blogueuse j’ai lu le nom de Claire Keegan, je ne sais plus ce qu’elle disait, ce n’était peut-être même pas élogieux, mais ça m’a donné envie de la lire. Je crois qu’il est question de sonorités, j’aime ce nom « Claire Keegan ». Parfois c’est aussi simple qu’un nom qui vous plaît ou vous fait penser à quelqu’un. Il y a les titres, aussi. « Les trois lumières » ou «A travers les champs bleus ». J’ai acheté les deux, le premier neuf en poche et l’autre d’occasion pour sa couverture. Cette barque sur le côté, cette eau tout autour, s’il fallait décrire la sérénité, j’aurais choisie cette photo. J’ai repensé à l’un des plus beaux moments de ma vie, dans une barque sur le lac de Pokhara au Népal, regardant sur la terre une maison assez petite très isolée et pensant « A la fin de ma vie, je veux vivre comme ça ». A l’époque où je dis ça à celui que j’appelle « mon premier amour », il se moque, il dit « Tu es trop parisienne ». Sur la photo qu’il prend de moi juste après, sur ce lac, dans cette barque, si loin du monde, on voit sur mon visage l’expression qui veut dire « Tu ne me connais vraiment pas ».

« Les trois lumières » est un tout petit roman ou une grande nouvelle qui m’a laissé sur ma faim, j’aurais aimé suivre cette petite fille encore au moins cinquante pages, comprendre les non-dits, savoir que tout irait bien pour elle, à la fin. J’ai relu la fin trois fois, de peur de mal comprendre. Et plus je la relisais, moins elle me plaisait. Mais dans l’ensemble, j’ai aimé « Les trois lumières », la campagne irlandaise, ce monde rural que je ne connais pas. Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais mis un pied en Irlande, probablement parce que si j’y vais une fois je ne rentre jamais dans mon pays. J’ai poursuivi ma lecture avec le recueil de nouvelles « A travers les champs bleus », les personnages sont tous variés, attachants, révoltants, égoïstes, perdus, les nouvelles ne sont pas égales mais certaines sont vraiment réussies, perturbantes (une en particulier), avec une belle chute. Pour moi, une nouvelle réussie possède une chute spectaculaire, une chute qui vous laisse la bouche grande ouverte, une chute qui vous révolte ou vous fait pleurer. Je sais qu’aujourd’hui, les standards ont changé mais quand je pense à «Un soupçon légitime » de Stefan Zweig, qui est pour moi un chef d’œuvre par ailleurs, c’est la chute qui me revient. C’est l’un des livres que j’offre le plus, jusqu’ici personne n’a jamais été déçue (ou m’a menti, il est vrai).

Lire Claire Keegan, c’est lire l’Irlande et son folklore, c’est, pour moi, la découverte d’un univers, de mots qui s’écrivent si étrangement et qu’on n’est assez incapable de prononcer, même quand on se considère comme quasi bilingue. Grá (amour), Taoiseach (premier ministre) ou leanbh (enfant), grâce à How to pronounce point com heureusement mon ignorance ne dure pas bien longtemps. Mais tout de même, se sentir si démunie devant des mots, ça laisse des traces. Quand j’ai tapé « Claire Keegan » dans Google images et que je l’ai vue, je n’ai pas été déçue, elle a la peau diaphane, les cheveux très roux et on pourrait à la fois la considérer comme une fée ou une sorcière. Ma deuxième résolution de l’année : quand tout ce cirque sanitaire sera derrière nous (si c’est le cas un jour), le premier pays que je visite seule avec ma petite valise cabine sera l’Irlande, et pour l’occasion je boirais même de la bière même si je n’aime pas ça 😋

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